Dossier de fond

La chaîne du froid en restaurant : températures, relevés et contrôle

En restaurant, chaque denrée a son seuil : +2 °C pour les viandes hachées et le poisson frais, +3 °C pour les plats préparés à l'avance, +4 °C pour les volailles, -18 °C pour les surgelés, +63 °C minimum pour le chaud (arrêtés des 21 décembre 2009 et 8 octobre 2013). L'inspecteur mesure, puis compare à vos relevés.

C'est le premier sujet regardé en visite, et celui où les idées reçues sont les plus tenaces, à commencer par le fameux zéro à quatre degrés que beaucoup croient inscrit dans la loi. Voici, tableau par tableau, ce que les textes fixent réellement pour un restaurant, ce qu'ils réservent à la restauration collective et ce qu'ils laissent à votre plan de maîtrise sanitaire.

Mis à jour le · Rédaction : équipe Audit Hygiène (HNC SAS)

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Un audit test, établissement fictif : la note sur 100, les résultats par pièce, le plan de mise en conformité et une fiche d'écart. Extrait de 5 pages en PDF.

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Pourquoi le froid ouvre presque toujours la visite

Le froid se mesure. C'est une donnée objective, immédiate, indépendante du discours de l'exploitant, et c'est pour cette raison qu'un agent commence fréquemment par ouvrir les enceintes. Une valeur affichée, une sonde plongée dans un produit, un joint de porte examiné du bout du doigt : en quelques minutes, une grande partie de l'organisation sanitaire de l'établissement se laisse deviner.

Le froid n'élimine pas les bactéries, il ralentit leur multiplication. Une denrée conservée quelques degrés au-dessus du seuil qu'elle appelle ne change ni d'aspect ni d'odeur, mais la population microbienne qu'elle porte progresse, et un produit revenu dans sa plage après un écart n'efface pas ce qui s'est passé pendant l'écart. C'est ce décalage entre ce que l'on voit et ce qui se passe qui rend la surveillance nécessaire.

Enfin, le froid est le domaine où les corrections sont les plus rapides. Un thermomètre remplacé, un joint changé, une enceinte désencombrée, un relevé remis en place : la plupart des écarts constatés sur ce thème se soldent en quelques jours, sans travaux.

Ce que le texte impose, ce qu'il n'impose pas

L'obligation de fond tient en une phrase. Le règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre IX, point 5, dispose que les denrées susceptibles de favoriser la reproduction de micro-organismes pathogènes ou la formation de toxines ne doivent pas être conservées à des températures pouvant entraîner un risque pour la santé, et que la chaîne du froid ne doit pas être interrompue. Le même point admet de les soustraire à ces températures pour des périodes de courte durée, pour les besoins pratiques de la manutention, du service ou de l'exposition, à condition que cela n'entraîne pas de risque. Ce règlement ne donne aucun chiffre : il fixe un résultat.

Les chiffres viennent de deux arrêtés français. Pour les produits d'origine animale et les denrées en contenant, l'arrêté du 21 décembre 2009, article 3 et annexe I, fixe les températures maximales avec une colonne propre aux établissements de remise directe, c'est-à-dire ceux qui servent directement le consommateur final hors restauration collective, ce qui est le cas d'un restaurant commercial (article 2, c). Pour les autres denrées, c'est l'arrêté du 8 octobre 2013, article 3 et annexe I.

Ces deux articles 3 ouvrent la même porte : une température différente peut être retenue si elle satisfait aux prescriptions d'un guide de bonnes pratiques d'hygiène validé du secteur, ou si elle résulte d'une analyse des dangers validée et argumentée. Pour les produits préemballés d'origine animale, l'annexe I de l'arrêté de 2009 permet aussi au conditionneur de fixer une autre température, sans dépasser celle du règlement (CE) n° 853/2004. Aucune disposition ne fixe en revanche la fréquence des relevés ni leur format : ces éléments relèvent de votre plan de maîtrise sanitaire. Leur durée de conservation, elle, est fixée à trois ans par le code rural et de la pêche maritime, article R. 202-21-2.

Cette distinction vous permet, en visite, d'expliquer pourquoi telle enceinte est réglée à telle valeur, en vous appuyant sur la denrée qu'elle contient et sur votre plan, plutôt que d'invoquer un seuil unique qui n'existe pas et qui ne résiste pas à la première question.

Les températures de conservation à respecter en restaurant

Le tableau ci-dessous reprend, ligne par ligne, la colonne « remise directe ou restauration collective » des annexes I des deux arrêtés. Ce sont des températures maximales de la denrée elle-même, en tous points du produit, et non de l'air de l'enceinte. Pour le réfrigéré, la limite basse est la température débutante de congélation du produit.

Deux lignes surprennent souvent. Les préparations culinaires élaborées à l'avance, c'est-à-dire vos plats cuisinés destinés à être servis plus tard, sont limitées à +3 °C, plus bas que les +4 °C que beaucoup appliquent par habitude. Et les denrées congelées autres que les glaces, les viandes hachées et les produits de la pêche sont à -12 °C au plus, alors que les produits surgelés, régime distinct, restent à -18 °C : le décret n° 64-949 du 9 septembre 1964, article 1er, e), impose leur maintien à -18 °C ou moins jusqu'à leur utilisation par les restaurants.

Quand une enceinte contient plusieurs familles de produits, la consigne se règle sur la plus exigeante. Séparer les familles par enceinte, lorsque l'organisation le permet, simplifie tout : la consigne devient évidente, la surveillance aussi.

Températures maximales de conservation des denrées en restaurant (remise directe)
DenréeTempérature maximaleTexte
Viandes hachées+2 °CArrêté du 21/12/2009, annexe I
Viandes séparées mécaniquement+2 °CArrêté du 21/12/2009, annexe I
Produits de la pêche frais, décongelés non transformés, crustacés et mollusques cuits+2 °C (glace fondante : 0 à +2 °C)Arrêté du 21/12/2009, annexe I
Abats d'ongulés domestiques et de gibier ongulé+3 °CArrêté du 21/12/2009, annexe I
Préparations culinaires élaborées à l'avance+3 °CArrêtés du 21/12/2009 et du 08/10/2013, annexe I
Préparations de viandes+4 °CArrêté du 21/12/2009, annexe I
Volailles, lapins, petit gibier+4 °CArrêté du 21/12/2009, annexe I
Viandes de boucherie (morceaux de découpe)+4 °C (+7 °C pour carcasses et pièces de gros)Arrêté du 21/12/2009, annexe I
Ovoproduits (hors UHT), lait cru+4 °CArrêté du 21/12/2009, annexe I
Autres denrées très périssables+4 °CArrêtés du 21/12/2009 et du 08/10/2013, annexe I
Autres denrées périssables+8 °CArrêtés du 21/12/2009 et du 08/10/2013, annexe I
Lait pasteurisé, fromages affinésTempérature fixée par le fabricantArrêté du 21/12/2009, annexe I
Glaces, crèmes glacées, sorbets-18 °CArrêtés du 21/12/2009 et du 08/10/2013, annexe I
Viandes hachées, préparations de viandes et produits de la pêche congelés-18 °CArrêté du 21/12/2009, annexe I
Autres denrées congelées-12 °CArrêtés du 21/12/2009 et du 08/10/2013, annexe I
Produits surgelés-18 °C (brèves hausses de 3 °C au plus en transport et meuble de vente)Décret n° 64-949 du 09/09/1964, art. 1er
Plats cuisinés ou repas remis chauds (liaison chaude)+63 °C minimumArrêtés du 21/12/2009 et du 08/10/2013, annexe I
Source : Arrêté du 21 décembre 2009, annexe I (version en vigueur, modifiée le 7 mai 2020), arrêté du 8 octobre 2013, annexe I, décret n° 64-949, article 1er, lus sur Légifrance le 5 octobre 2026.

Les enceintes froides positives au quotidien

La température qui compte est celle de la denrée, pas celle de l'afficheur. Un afficheur mesure l'air à un endroit donné, souvent près de l'évaporateur, et il peut indiquer une valeur flatteuse alors qu'une caisse posée devant la grille de ventilation est plus chaude de plusieurs degrés. Une sonde plongée dans un produit témoin, ou glissée entre deux barquettes, donne une image plus fidèle, et c'est ce que fait un agent.

Les causes de dérive sont presque toujours les mêmes : enceinte surchargée qui empêche l'air de circuler, denrées plaquées contre l'évaporateur, joint de porte fatigué, porte ouverte trop longtemps pendant la mise en place, givre accumulé qui isole l'évaporateur au lieu de diffuser le froid, condenseur encrassé faute de dépoussiérage. Le vade-mecum d'inspection de la remise directe rappelle d'ailleurs que respecter les limites de chargement des meubles froids est une bonne pratique pour ne pas perturber les flux d'air.

Trois règles de rangement évitent la plupart des écarts : ne jamais introduire une préparation encore chaude dans une enceinte de stockage, qui ferait remonter la température de tout son contenu ; ranger le cru sous le prêt à consommer, jamais au-dessus ; couvrir, dater et protéger les produits entamés. Une vitrine réfrigérée d'exposition sert à conserver, pas à refroidir : le vade-mecum le précise expressément.

Le froid négatif et les produits congelés

L'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009 fixe, dans la colonne de la remise directe, -18 °C pour les glaces et crèmes glacées, pour les viandes hachées et préparations de viandes congelées et pour les produits de la pêche congelés, et -12 °C pour les autres denrées congelées. Les produits surgelés relèvent du décret n° 64-949, qui impose -18 °C ou moins en tous points jusqu'à leur utilisation. En cuisine, régler le froid négatif sur -18 °C couvre donc toutes les lignes à la fois.

La même annexe admet, pour de brèves périodes, un écart de +3 °C au plus en surface lors du chargement et du déchargement des produits congelés, ainsi qu'une exposition des glaces pour leur consommation immédiate si l'approvisionnement est adapté au service. Ce sont des tolérances de manutention, pas des consignes de stockage.

Le givre et l'aspect des emballages parlent. Une couche épaisse sur les parois ou les produits signale une ouverture fréquente, un joint défaillant ou un dégivrage mal réglé, et parfois une décongélation partielle suivie d'une recongélation. Un emballage déformé, une poche de glace au fond du sachet, un produit collé en bloc racontent la même histoire. Ce sont des indices qu'un agent lit immédiatement, et ce sont aussi les vôtres.

Refroidissement, remise en température, décongélation : qui doit quoi

C'est le point où l'on confond le plus souvent les textes. Le règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre IX, point 6, s'applique à tous : les denrées à conserver ou servir à basse température sont réfrigérées dès que possible après le traitement thermique, à une température n'entraînant pas de risque. Le point 7 encadre la décongélation : la réaliser de manière à réduire au maximum le risque microbien, évacuer les liquides de décongélation, manipuler ensuite le produit avec la même prudence.

Les valeurs chiffrées du refroidissement (ne pas rester plus de deux heures entre +63 °C et +10 °C) et de la remise en température (ne pas rester plus d'une heure entre +10 °C et la température de service, qui ne peut être inférieure à +63 °C) figurent à l'annexe IV de l'arrêté de 2009 et à l'annexe II de l'arrêté de 2013. Or l'article 6 de l'arrêté de 2009 et l'article 4 de celui de 2013 les réservent à la restauration collective, et l'article 8 de l'arrêté de 2009 ne les reprend pas pour la remise directe. Le vade-mecum d'inspection de la remise directe le confirme en toutes lettres : en remise directe, il n'existe pas de prescription réglementaire chiffrée sur le refroidissement rapide ni sur la remise en température.

Cela ne veut pas dire que rien n'est contrôlé. Si vous refroidissez ou réchauffez, l'inspecteur attend une procédure, la vôtre ou celle du guide de bonnes pratiques de votre filière, appliquée et surveillée, avec un passage rapide de la zone comprise entre +63 °C et +10 °C. Le même document précise qu'une cellule de refroidissement n'est pas exigée pour de petites productions dès lors que le dispositif choisi est efficace (denrées portionnées, peu volumineuses, enceinte de volume suffisant). Reprendre le couple deux heures, +10 °C dans votre plan reste une excellente référence, à présenter comme telle.

La décongélation, elle, est chiffrée pour le restaurant : l'annexe VI de l'arrêté de 2009, que son article 8 applique à la remise directe, impose de décongeler en enceinte réfrigérée entre 0 °C et la température maximale de conservation de la denrée (à défaut entre 0 °C et +4 °C), ou directement par cuisson ou remise en température. Une fois décongelé, le produit suit les températures du réfrigéré, et les produits décongelés autres que les surgelés ne peuvent être recongelés, sauf analyse des dangers validée. Pour les surgelés, l'étiquetage indique lui-même que le produit ne doit pas être recongelé après décongélation (décret n° 64-949, article 6).

Refroidissement, remise en température et décongélation : valeurs et champ d'application
OpérationCe que fixe le texteTexteS'applique à un restaurant commercial ?
Refroidissement après cuissonRéfrigérer dès que possible, à une température sans risqueRèglement 852/2004, annexe II, chap. IX, point 6Oui
Refroidissement rapide chiffréÀ cœur, pas plus de 2 heures entre +63 °C et +10 °C, puis stockage entre 0 et +3 °CArrêté du 21/12/2009, annexe IV, point 1 ; arrêté du 08/10/2013, annexe II, point 1Non (restauration collective) : bonne pratique à reprendre dans le plan
Remise en températurePas plus d'1 heure entre +10 °C et la température de service, au moins +63 °C, consommation le jour mêmeArrêté du 21/12/2009, annexe IV, point 3 ; arrêté du 08/10/2013, annexe II, point 3Non (restauration collective) : procédure attendue si vous réchauffez
Préparations servies froidesStockage entre 0 et +3 °C, sortie au plus 2 heures avant consommation à +10 °C au plusArrêté du 21/12/2009, annexe IV, point 2Non (restauration collective)
DécongélationEn enceinte entre 0 °C et la température maximale de la denrée (à défaut 0 à +4 °C), ou par cuisson directeArrêté du 21/12/2009, annexe VI, point 1, applicable via l'article 8Oui
RecongélationInterdite pour les produits décongelés autres que les surgelés, sauf analyse des dangers validéeArrêté du 21/12/2009, annexe VI, point 3Oui
Maintien au chaud+63 °C minimumArrêté du 21/12/2009, annexe I (liaison chaude)Oui
Source : Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre IX, arrêté du 21 décembre 2009, articles 6 et 8, annexes IV et VI, arrêté du 8 octobre 2013, article 4 et annexe II, vade-mecum DGAL remise directe, lignes C403L03, C403L09 et C403L10.

Mesurer juste : matériel, vérification des sondes et méthode

Le règlement 852/2004, annexe II, chapitre I, point 2 d), demande que les locaux permettent de maintenir les denrées à des températures appropriées qui puissent être vérifiées et, si nécessaire, enregistrées. Vérifier suppose un moyen de mesure fiable : une sonde à piquer pour les produits, un thermomètre par enceinte ou un thermomètre mobile utilisé selon un circuit fixe suffisent dans la grande majorité des restaurants.

Sur l'étalonnage, le vade-mecum d'inspection de la remise directe est net (ligne B2L04) : l'étalonnage des sondes n'est pas exigible en remise directe, leur vérification l'est. La plus simple reste le contrôle dans un mélange d'eau et de glace pilée bien remué, qui se stabilise autour de 0 °C, et, pour une sonde de cuisson, dans l'eau bouillante, autour de +100 °C en plaine. Notez la date, la valeur lue et la décision prise : une sonde jamais vérifiée jette un doute sur tout l'historique de relevés qu'elle a produit.

La sonde elle-même peut transporter des bactéries d'un produit à l'autre : désinfectez-la entre deux mesures, en particulier entre un produit cru et un produit prêt à consommer. Et mesurez toujours au même endroit, au même moment du service, avec le même outil : une série comparable montre une dérive tout de suite, des mesures prises au hasard ne disent rien.

Les relevés de température

L'obligation de tenir des documents vient de l'article 5 du règlement 852/2004 : paragraphe 2, points d) et g), pour la surveillance et pour les documents prouvant l'application effective des mesures, paragraphe 4, points b) et c), pour leur tenue à jour et leur conservation pendant une période appropriée. Le relevé de température est le plus courant de ces documents et le premier demandé en visite.

Aucune disposition ne fixe la fréquence des relevés. La pratique répandue d'un relevé par enceinte et par service se défend bien dans un restaurant, parce qu'elle suit le rythme réel de l'activité, mais une autre organisation se défend aussi si elle est cohérente avec votre production. La durée de conservation, elle, est une règle de droit : trois ans à compter de la date du relevé, selon le code rural et de la pêche maritime, article R. 202-21-2, et non les douze mois souvent cités. Pour les établissements éligibles aux mesures de flexibilité, le vade-mecum admet même que la surveillance se limite à l'enregistrement des non-conformités et des mesures correctives, ce qui ne vaut pas pour les étapes que vous avez retenues comme points critiques.

Ce qui donne sa valeur à un relevé, c'est la trace des anomalies traitées. Une ligne indiquant qu'une enceinte est montée, ce qui a été fait des denrées et quelle intervention a suivi vaut mieux que trente lignes identiques. Un relevé sans aucune variation pendant des mois est le signal le plus fréquent d'un document rempli après coup. Un enregistreur automatique peut remplacer la feuille, à deux conditions : que les alarmes soient vues et traitées, et que les données restent consultables sur place le jour d'une visite.

La réception des livraisons, premier maillon

La réception est le moment où la chaîne du froid change de mains, et c'est souvent le maillon le plus faible parce qu'il tombe pendant la mise en place. Le règlement 852/2004, annexe II, chapitre IX, point 1, interdit d'accepter une matière première dont on sait ou dont on a tout lieu de supposer qu'elle est contaminée au point de rendre le produit final impropre : contrôler la température des produits sensibles avant de signer le bon est la manière concrète d'appliquer ce texte.

Le contrôle porte sur quatre choses : la température du produit, mesurée entre deux unités ou avec une sonde adaptée sans percer inutilement les emballages ; l'intégrité de l'emballage et l'absence de signes de décongélation (givre anormal, liquide, croûte de glace) ; les dates et l'étiquetage ; la cohérence avec le bon de livraison. Un produit non conforme se refuse, et le refus se note avec son motif. Un produit douteux ne se stocke pas « en attendant ».

Le rangement immédiat compte autant que le contrôle. Des cartons laissés à quai pendant que le service démarre annulent le bénéfice de la mesure. Une règle simple, ranger le froid avant d'ouvrir le sec, se tient dans une phrase et se vérifie d'un coup d'œil.

Que faire devant une rupture de froid

Une panne, une porte restée ouverte, une coupure de courant nocturne arrivent dans tous les établissements. Ce qui distingue une maison bien tenue, c'est la conduite tenue devant l'incident, prévue à l'avance dans le plan de maîtrise sanitaire pour ne pas arbitrer dans l'urgence.

La séquence utile : identifier les produits concernés et estimer depuis quand l'écart dure ; les isoler et les signaler pour qu'ils ne partent pas en service ; mesurer la température à cœur d'un produit témoin avec une sonde vérifiée, pas seulement l'air de l'enceinte ; décider denrée par denrée selon la valeur atteinte, la durée et l'usage prévu ; écarter et tracer la destruction de ce qui n'est plus sûr ; faire intervenir sur l'appareil avant de le recharger ; écrire l'incident.

Le fondement de la décision est l'article 14 du règlement (CE) n° 178/2002 : aucune denrée dangereuse, c'est-à-dire préjudiciable à la santé ou impropre à la consommation, ne peut être mise sur le marché, et un plat servi est une mise sur le marché. Si la denrée a déjà quitté votre contrôle, l'article 19 impose d'engager le retrait et d'informer les autorités. Aucun texte ne fournit d'abaque temps et température pour trancher chaque cas en restaurant : en cas de doute, on retire. Un document daté (constat, mesure, décision, remise en service) transforme l'incident en preuve de maîtrise.

Ce que l'inspecteur contrôle et comment il note

Les agents de la DDPP suivent une grille publique : le vade-mecum sectoriel remise directe de la DGAL (version 3 de septembre 2026), qui s'applique notamment à la restauration commerciale. Pour la chaîne du froid, ses lignes C401 demandent de contrôler les températures de conservation au regard des arrêtés de 2009 et 2013, le bon usage des vitrines réfrigérées, le maintien au chaud à +63 °C au moins, puis les lignes C403 la congélation, la décongélation, le refroidissement et la remise en température.

Concrètement, l'agent ouvre les portes et mesure, compare l'afficheur à une sonde plongée dans un produit, regarde la charge, les joints, le givre, la séparation cru et prêt à consommer, puis demande les relevés et les traces d'actions correctives. La cohérence entre les deux est ce qui compte le plus : un relevé annonçant trois degrés face à une sonde qui en indique huit met en cause tout le système de surveillance.

Le vade-mecum fixe aussi comment ces constats pèsent sur la note de l'item, de A à D. Le résultat global du contrôle est ensuite publié dans le dispositif Alim'confiance. La qualification finale et les suites restent de l'appréciation de l'agent et du service : ce que vous maîtrisez, c'est la qualité de vos mesures, la sincérité de vos relevés et votre capacité à expliquer vos choix de température, denrée par denrée.

Situations qui dégradent la note de l'item « températures de conservation » (vade-mecum remise directe, ligne C401L01)
Constat de l'inspecteurNote de l'item
Absence d'enregistrement des non-conformités et mesures correctives liées à la chaîne du froidC
Température réglementaire dépassée de +2 °C à moins de +3 °CC
Température réglementaire dépassée de plus de +3 °CD
Source : Vade-mecum sectoriel remise directe, DGAL, version 3, septembre 2026, ligne C401L01.

Les erreurs qui rompent le plus souvent la chaîne du froid

La plupart des ruptures ne viennent pas d'une panne spectaculaire mais d'habitudes prises sous la pression du service : laisser refroidir un grand volume de sauce ou de riz sur un plan de travail ; surcharger une chambre froide ; laisser des bacs en zone de préparation pendant tout un service prolongé ; décongeler à température ambiante ; recongeler un produit décongelé ; accepter une livraison sans la mesurer ; introduire une préparation chaude dans une enceinte de stockage ; repousser le dégivrage et le nettoyage du condenseur.

S'y ajoutent deux erreurs documentaires : des relevés trop réguliers pour être crédibles, remplis après coup, et l'absence de toute trace des incidents passés. La première fragilise tout le classeur, la seconde prive l'établissement de sa meilleure démonstration de maîtrise.

Aucune de ces erreurs n'est une fatalité. Ce sont des habitudes, et elles se corrigent par des routines courtes, écrites et tenues : une consigne par enceinte, un circuit de relevé, une sonde vérifiée, une fiche d'incident.

Reprendre le froid en main, poste par poste

Le travail utile tient en trois temps. D'abord dresser la liste des enceintes, avec pour chacune la denrée dominante et la consigne retenue, et vérifier que la consigne correspond au produit le plus exigeant du tableau ci-dessus. Ensuite vérifier la fiabilité des mesures : un thermomètre par enceinte ou un circuit de relevé, une sonde en état, une vérification simple dans l'eau glacée. Enfin remettre en place un relevé que l'équipe tiendra vraiment, avec la place pour écrire une anomalie, et une procédure courte pour le refroidissement, la remise en température et la décongélation si vous les pratiquez.

C'est ce que fait un audit sur place, poste par poste, pendant que le service continue et en toute discrétion. Les quatre-vingts points de la grille répartis en six chapitres couvrent le froid positif, le froid négatif et les relevés, mais aussi tout ce qui pèse dessus sans qu'on y pense : l'organisation des stocks, l'état des locaux, le nettoyage des condenseurs.

Vous recevez un rapport complet, avec une note, les constats point par point et un plan d'action classé par priorité, qui indique pour chaque écart le correctif attendu et la preuve à constituer. La prestation s'arrête là : vous appliquez la liste vous-même, à votre rythme et avec vos propres moyens. Audit hygiène est un label privé indépendant : ni certification officielle, ni contrôle des services de l'État, ni garantie du résultat d'une inspection. Le cabinet intervient partout en Île-de-France, dans les huit départements, et le devis est établi avant intervention, après un échange de quelques minutes. Si un contrôle a déjà relevé un écart de température, la formule Urgence intervient sous 48 h et commence par les points notés par l'inspecteur.

Questions fréquentes

Mes frigos doivent-ils être réglés entre zéro et quatre degrés ?
Pas nécessairement. Le seuil dépend de la denrée : +2 °C pour les viandes hachées et les produits de la pêche frais, +3 °C pour les abats et les préparations culinaires élaborées à l'avance, +4 °C pour les volailles, les préparations de viandes et les denrées très périssables, +8 °C pour les autres denrées périssables (annexes I des arrêtés du 21 décembre 2009 et du 8 octobre 2013). Réglez chaque enceinte sur la denrée la plus exigeante qu'elle contient. Une autre valeur est possible si un guide de bonnes pratiques validé ou votre analyse des dangers la justifie.
À quelle température conserver un plat cuisiné à l'avance ?
À +3 °C au plus. C'est la ligne « préparations culinaires élaborées à l'avance » de l'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009, qui vaut aussi pour la remise directe, donc pour un restaurant commercial. L'arrêté du 8 octobre 2013 fixe la même valeur pour les préparations sans produit d'origine animale. C'est plus bas que les +4 °C appliqués par habitude dans beaucoup de cuisines.
Le délai de deux heures pour refroidir un plat s'applique-t-il chez moi ?
Pas comme obligation chiffrée. La règle « pas plus de deux heures entre +63 °C et +10 °C » figure à l'annexe IV de l'arrêté du 21 décembre 2009 et à l'annexe II de l'arrêté du 8 octobre 2013, réservées à la restauration collective. Le vade-mecum d'inspection de la remise directe confirme qu'il n'existe pas de prescription réglementaire chiffrée en restaurant commercial. Vous devez en revanche réfrigérer dès que possible après cuisson (règlement 852/2004, annexe II, chapitre IX, point 6) et, si vous refroidissez, appliquer une procédure surveillée. Reprendre les deux heures dans votre plan reste une excellente référence.
Une cellule de refroidissement rapide est-elle obligatoire ?
Non, pas en soi. Le vade-mecum d'inspection de la remise directe indique que l'exigence d'une cellule n'est pas fondée pour de petites productions dès lors que le dispositif choisi est efficace : denrées portionnées, peu volumineuses, enceinte de volume suffisant. Ce qui est contrôlé, c'est le résultat et sa surveillance. Si vous refroidissez de gros volumes, une cellule devient en pratique le moyen le plus sûr d'y parvenir, et refroidir dans l'enceinte de stockage ne doit pas faire remonter la température des autres denrées.
Comment décongeler correctement en restaurant ?
En enceinte réfrigérée, entre 0 °C et la température maximale de conservation de la denrée, ou à défaut entre 0 °C et +4 °C, ou directement par cuisson ou remise en température sans décongélation préalable. C'est l'annexe VI de l'arrêté du 21 décembre 2009, applicable aux restaurants par son article 8. Placez le produit sur une grille pour que l'exsudat ne reste pas à son contact, notez la date de mise en décongélation et respectez les indications de l'étiquette.
Puis-je recongeler un produit décongelé ?
Non, sauf exception rare. L'annexe VI, point 3, de l'arrêté du 21 décembre 2009 interdit de recongeler les produits d'origine animale décongelés autres que les surgelés, sauf si une analyse des dangers validée montre que l'opération offre le même niveau de sécurité. Pour les surgelés, l'étiquette doit elle-même indiquer que le produit ne doit pas être recongelé après décongélation (décret n° 64-949, article 6). En cuisine, la règle simple est donc : un produit décongelé ne retourne jamais au congélateur.
Faut-il faire étalonner ses sondes par un laboratoire ?
Non. Le vade-mecum d'inspection de la remise directe précise que l'étalonnage des sondes thermométriques n'est pas exigible en remise directe, mais que leur vérification l'est. Un contrôle régulier dans un mélange d'eau et de glace pilée, qui doit afficher une valeur proche de 0 °C, noté avec la date, la valeur lue et la décision prise, suffit à démontrer la fiabilité de vos mesures.
À quelle fréquence faut-il relever les températures ?
Aucune disposition ne fixe de fréquence. Le règlement (CE) n° 852/2004 impose une surveillance et des documents prouvant l'application effective des mesures, et c'est votre plan de maîtrise sanitaire qui fixe le rythme. Un relevé par enceinte et par service est la pratique la plus répandue en restaurant. Pour les établissements éligibles à la flexibilité, l'enregistrement peut se limiter aux non-conformités et aux mesures correctives, sauf pour les étapes retenues comme points critiques.
Que risque-t-on si un frigo est trop chaud le jour du contrôle ?
Selon le vade-mecum d'inspection de la remise directe, un dépassement de la température réglementaire compris entre +2 °C et moins de +3 °C conduit à une note C sur l'item concerné, et un dépassement supérieur à +3 °C à une note D. L'absence d'enregistrement des non-conformités liées à la chaîne du froid conduit aussi à un C. La suite donnée au contrôle dépend de l'ensemble des constats et reste à l'appréciation du service.
Que faire si une panne survient la nuit et que je découvre l'écart au matin ?
Isolez les produits, mesurez la température à cœur d'un produit témoin avec une sonde vérifiée et notez l'heure. Décidez denrée par denrée selon la valeur atteinte et la durée probable de l'écart : une denrée devenue dangereuse ne peut pas être servie (article 14 du règlement (CE) n° 178/2002), et en cas de doute on retire. Faites intervenir sur l'appareil avant de le recharger, puis écrivez l'incident : constat, mesures, décision, remise en service.

Faire le point sur votre établissement

Un auditeur se déplace, contrôle jusqu’à 80 points de la grille en toute discrétion, et vous remet un rapport complet avec son plan d'action. Chaque écart y porte le correctif attendu et la preuve à constituer, pour que vous puissiez le traiter vous-même.

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