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Dossier de fond

Reprendre un restaurant : l'état des lieux hygiène à faire avant de signer

Avant de signer, un état des lieux hygiène sépare deux catégories : ce qui se corrige par de l'organisation, en quelques jours et sans dépense, et ce qui touche au bâti, au froid, à l'extraction ou à l'évacuation, et qui se paie. Regardez les locaux et leurs revêtements, l'implantation des postes de lavage des mains, la capacité et l'état du froid, la ventilation, la plonge, le local à déchets et les accès. Demandez au cédant ses procédures écrites, ses relevés, ses contrats de maintenance et de lutte contre les nuisibles, et l'historique de ses visites. Ce que vous ne verrez pas avant la signature, vous le paierez après.

Une reprise se joue souvent sur des points qu'aucune photo d'annonce ne montre : une extraction sous-dimensionnée, une chambre froide en fin de vie, un local à déchets sans point d'eau. Une visite technique avant signature est le meilleur investissement d'un repreneur.

Pourquoi le faire avant la signature

Après la signature, la conformité est la vôtre. Les articles 4 et 5 du règlement (CE) n° 852/2004 du 29 avril 2004 mettent la maîtrise sanitaire à la charge de l'exploitant, et l'exploitant, à partir de la reprise, c'est vous. Ce que le prédécesseur n'a pas fait ne se plaide pas devant un agent : le jour de la visite, on regarde l'état des locaux et vos procédures, pas l'historique du fonds.

Avant la signature, en revanche, tout est encore négociable. Un état des lieux écrit, avec des photographies et une liste de points chiffrables par des professionnels, se met sur la table. Il ne sert pas à faire échouer l'opération mais à la mettre au bon niveau : soit le cédant traite avant la vente, soit le prix intègre les travaux, soit vous décidez en connaissance de cause.

Le calendrier compte aussi. Les corrections structurelles se font pendant la période où l'établissement est fermé pour transition. Une fois le service relancé, chaque intervention coûte un jour d'exploitation, et beaucoup de repreneurs reportent ces travaux à un moment qui n'arrive jamais.

Le bâti et les revêtements

L'annexe II, chapitre II, point 1 du règlement (CE) n° 852/2004 demande que les sols, les surfaces murales, les plafonds, les fenêtres, les portes et les surfaces de travail soient bien entretenus, faciles à nettoyer et au besoin à désinfecter, en matériaux étanches, non absorbants, lavables et non toxiques. Regardez donc ce qui ne se nettoie pas : un carrelage fendu, un joint creusé, une peinture qui cloque, un plafond taché par une fuite ancienne, un plan de travail piqué.

Les zones cachées disent la vérité de l'établissement. Passez derrière et sous les équipements, ouvrez les placards bas, regardez le dessus des hottes, l'intérieur des chambres froides au niveau des angles, les siphons, les passages de gaines. Une cuisine que personne n'a nettoyée en profondeur depuis longtemps se lit là, et le nettoyage de remise à niveau est un poste de dépense réel qu'il vaut mieux anticiper.

Repérez enfin les points qui imposeront des travaux quoi qu'il arrive : une évacuation au sol absente ou bouchée, une pente inexistante, un local sans arrivée d'eau, une réserve en sous-sol humide, une porte extérieure dont le bas laisse passer un jour. Ce sont ces éléments, et non la couleur des murs, qui déterminent le budget réel d'une reprise.

Le froid, poste le plus lourd

Le froid est ce qui coûte le plus cher à remplacer et ce qu'on regarde le moins. Ouvrez chaque enceinte, mesurez la température réelle avec votre propre thermomètre plutôt que de croire l'afficheur, laissez la porte fermée dix minutes et remesurez, regardez l'état des joints, la présence de givre anormal, le bruit du groupe, la propreté du condenseur. Demandez l'âge des équipements et les factures d'entretien.

Vérifiez ensuite la capacité au regard de votre projet, pas de celui du cédant. Une carte plus ambitieuse, un volume plus élevé ou l'ajout d'une activité de vente à emporter changent complètement les besoins. Une enceinte surchargée ne tient pas ses températures, et le principe posé à l'annexe II, chapitre IX, point 5 du règlement (CE) n° 852/2004 est que la chaîne du froid ne doit pas être interrompue.

Regardez enfin la séparation possible. Le même chapitre exige, pour les produits transformés, un entreposage séparé des matières premières et des produits transformés, et la protection des denrées contre toute contamination à toutes les étapes. Une seule chambre froide pour tout, sans possibilité d'organiser des zones, est une contrainte durable qui pèsera sur votre organisation quotidienne.

L'extraction et la ventilation

L'annexe II, chapitre I, point 5 du règlement (CE) n° 852/2004 exige une ventilation adéquate, naturelle ou mécanique, et des systèmes accessibles pour le nettoyage et le remplacement des filtres. Vérifiez l'état des filtres, la date du dernier dégraissage des conduits, la présence d'un rapport d'intervention, et le tirage réel en service. Une extraction fatiguée se traduit par de la condensation, des dépôts gras partout et un problème de nettoyage permanent.

Les postes de lavage des mains, la plonge et l'eau

Comptez les lave-mains et regardez où ils sont. L'annexe II, chapitre I, point 4 exige un nombre suffisant de lavabos judicieusement situés, destinés au lavage des mains, avec eau courante chaude et froide et de quoi nettoyer et sécher les mains hygiéniquement. Un lave-mains qui n'existe pas dans une zone de préparation impose une intervention de plomberie, et c'est un point à connaître avant de signer.

La plonge dit beaucoup de l'organisation possible. Regardez la longueur des paillasses, la place pour poser le sale et le propre sans qu'ils se croisent, l'égouttage, la présence d'un bac de trempage, l'état du lave-vaisselle et sa capacité. Une plonge trop courte fabrique une contamination croisée que rien n'effacera ensuite, sauf à travailler en décalé toute la journée.

Vérifiez enfin l'eau chaude, son débit et sa disponibilité aux heures de pointe, l'état de la machine à glaçons si elle est reprise, et l'absence de bricolage sur les réseaux. Le chapitre VII exige une alimentation en eau potable en quantité suffisante, et pose que la glace en contact avec les denrées soit fabriquée à partir d'eau potable et manipulée dans des conditions prévenant toute contamination.

Les nuisibles et l'environnement immédiat

C'est le point qui se découvre le plus souvent après la reprise, parce qu'il ne se voit pas en journée. Cherchez les indices plutôt que les animaux : déjections, traces de passage le long des murs, emballages rongés dans la réserve, bas de porte usé, gaine non rebouchée, siphon sec, grille d'aération cassée. Regardez aussi les parties communes de l'immeuble, les caves, le local vide-ordures.

Demandez le contrat de lutte contre les nuisibles s'il existe, et surtout les rapports de passage des derniers mois. Une succession de rapports signalant une activité sans qu'aucune action ne suive vaut avertissement. L'annexe II, chapitre IX, point 4 du règlement (CE) n° 852/2004 impose de mettre au point des méthodes adéquates de lutte, et le contrat n'est qu'un moyen usuel de le démontrer, jamais une obligation en soi.

Un problème de nuisibles dans un immeuble ne se règle pas depuis une seule cuisine. Si les indices pointent vers une source collective, la question devient celle de la copropriété, du bailleur et des voisins, et le délai de traitement s'allonge. Le savoir avant de signer permet d'en parler au bon moment et avec les bonnes personnes.

Les déchets, les accès et les livraisons

Le chapitre VI du règlement (CE) n° 852/2004 demande que les déchets soient retirés aussi vite que possible des locaux où se trouvent des denrées, déposés dans des conteneurs dotés d'une fermeture, bien entretenus et faciles à nettoyer, et que l'aire de stockage puisse rester propre et exempte d'animaux et de parasites. Regardez donc où sortent les poubelles, par quel chemin, et si ce chemin croise le circuit des produits.

Beaucoup de restaurants urbains n'ont pas de local dédié et sortent les conteneurs par la salle. Ce n'est pas rédhibitoire, mais cela impose une organisation horaire stricte et cela se décrit dans vos procédures. Vérifiez également la présence d'un point d'eau à proximité de la zone déchets : sans lui, le nettoyage des conteneurs devient une corvée que personne ne fait.

Regardez enfin l'arrivée des marchandises. Où se pose une palette, où se déballe un carton, où va le carton ensuite, comment on descend en réserve, faut-il traverser une zone de production. Ces contraintes de flux ne se voient pas sur un plan mais elles pèsent tous les jours, et elles se corrigent parfois pour presque rien en réaffectant deux mètres carrés.

Les documents à demander au cédant

Demandez le document décrivant ses procédures, ses relevés de température des derniers mois, ses fiches de nettoyage, ses bons de passage de lutte contre les nuisibles, ses contrats de maintenance sur le froid et sur l'extraction, les justificatifs d'aptitude au contact alimentaire des équipements récents, et les attestations de formation en hygiène alimentaire des personnes en poste. La qualité de ces pièces vous renseigne autant que leur contenu.

Ces documents ne se reprennent pas tels quels. Un document de procédures décrit une organisation, des flux et des activités : si vous changez la carte, l'équipe ou l'implantation, il faut le réécrire. En revanche, l'historique des relevés et des rapports de nuisibles a une vraie valeur d'information : il montre quels équipements ont dérivé, à quelle fréquence, et quels problèmes reviennent.

Demandez également l'historique des visites officielles et les comptes rendus reçus, ainsi que ce qui a été fait en réponse. Un cédant qui produit ces éléments sans difficulté envoie un signal positif ; un cédant qui esquive la question en envoie un autre. La publication des résultats des contrôles, dans le cadre de la transparence des contrôles officiels, permet par ailleurs de vérifier une partie de ces informations.

Les formalités qui vous incombent à la reprise

L'article 6, paragraphe 2 du règlement (CE) n° 852/2004 impose de notifier à l'autorité compétente chaque établissement placé sous votre contrôle en vue de son enregistrement, et de l'informer de toute modification significative. Un changement d'exploitant est une modification significative : la déclaration se refait à votre nom, auprès du service départemental en charge de la protection des populations, au moyen du formulaire prévu à cet effet.

Selon le montage retenu, la situation diffère. L'achat d'un fonds de commerce fait de vous un nouvel exploitant, avec ses propres formalités. Le rachat des parts d'une société laisse la personne morale inchangée, et son historique avec elle. Cette différence a des conséquences pratiques qu'il vaut mieux avoir examinées avec votre conseil avant de choisir la structure de l'opération.

Côté équipe, les contrats de travail en cours se poursuivent avec le nouvel employeur en application de l'article L. 1224-1 du code du travail. Concrètement, les personnes formées à l'hygiène alimentaire restent dans l'effectif, et leurs attestations aussi. Vérifiez qu'au moins une personne satisfait à l'obligation de l'article L. 233-4 du code rural et de la pêche maritime, et gardez les pièces dans votre classeur.

Ce qui se répare et ce qui se paie

Se répare en quelques jours, sans dépense significative : l'identification des produits, l'organisation des enceintes, la séparation du cru et du cuit, le rangement des produits d'entretien hors des zones de manipulation exigé par l'annexe II, chapitre I, point 10, la remise en service d'un lave-mains encombré, la mise en place de supports d'enregistrement courts, la réécriture des procédures, la formation interne des gestes. Ce sont souvent les deux tiers des constats.

Se paie, avec un montant qui dépend entièrement de votre configuration et qu'un professionnel doit chiffrer sur place : le remplacement d'une enceinte froide en fin de vie, la reprise d'un sol ou d'une évacuation, le dégraissage complet et la remise à niveau d'une extraction, l'ajout d'un poste de lavage des mains, la création d'un local ou d'un espace déchets, le traitement d'une infestation installée.

La règle de décision est simple : demandez des devis avant la signature pour tout ce qui relève de la seconde catégorie. Un état des lieux qui liste les points sans les faire chiffrer ne sert qu'à moitié. C'est le devis qui transforme un constat en argument de négociation, et c'est aussi lui qui, plus tard, prouvera à un agent qu'une correction est engagée.

Faire réaliser l'état des lieux par un tiers

Un audit de reprise se conduit comme un audit ordinaire, avec un regard supplémentaire sur ce qui n'est pas modifiable. L'auditeur parcourt les locaux, contrôle les vingt-sept points de notre grille répartis en douze thèmes, mesure, photographie, examine les documents du cédant et remet un rapport écrit avec une note, les constats point par point et un plan d'action classé par priorité.

Ce rapport a deux usages. Avant la signature, il constitue une pièce factuelle et datée à porter dans la discussion, plus solide qu'une impression. Après la reprise, il devient votre feuille de route des premières semaines : chaque écart y porte le correctif attendu et la preuve à constituer, en français courant, pour que vous puissiez le traiter avec vos propres moyens.

audit hygiène est un label privé indépendant, ni certification officielle, ni agrément d'État, ni contrôle des services vétérinaires. Notre prestation s'arrête à la remise du rapport : nous ne faisons pas les travaux, et nous ne promettons jamais l'issue d'une visite officielle, qui appartient aux services de l'État. Ce que vous obtenez est la liste complète de ce qui est à reprendre, avec le correctif attendu pour chacun. Le devis est établi avant intervention, après un échange de quelques minutes, depuis la page contact.

Questions fréquentes

Suis-je responsable des manquements laissés par le cédant ?
À partir de la reprise, la maîtrise sanitaire est la vôtre : les articles 4 et 5 du règlement (CE) n° 852/2004 du 29 avril 2004 la mettent à la charge de l'exploitant. Le jour d'une visite, on regarde l'état des locaux et vos procédures, pas l'historique du fonds. C'est précisément pour cela que l'état des lieux se fait avant la signature, quand les constats peuvent encore être traités par le cédant, intégrés au prix ou assumés en connaissance de cause.
Faut-il refaire la déclaration de l'établissement ?
Oui en cas de changement d'exploitant, qui constitue une modification significative au sens de l'article 6, paragraphe 2 du règlement (CE) n° 852/2004. La déclaration se refait à votre nom auprès du service départemental en charge de la protection des populations, au moyen du formulaire prévu à cet effet. Selon le montage retenu, achat de fonds ou rachat de parts, la situation juridique diffère : examinez ce point avec votre conseil avant de choisir la structure de l'opération.
Puis-je reprendre le plan de maîtrise sanitaire du cédant ?
Pas tel quel. Un document de procédures décrit des locaux, des flux, des activités et une équipe donnés. Si vous changez la carte, l'implantation ou l'organisation, il devient faux, et un document faux prouve précisément que l'analyse exigée par l'article 5 du règlement (CE) n° 852/2004 n'a pas été faite. Reprenez-le comme base de travail, gardez le plan des locaux, réécrivez l'analyse des dangers et refaites les supports d'enregistrement à votre main.
Que faire si je découvre des nuisibles après la reprise ?
Traitez immédiatement et documentez tout. Retirez et détruisez toute denrée souillée, qui est impropre à la consommation humaine, nettoyez et désinfectez la zone, faites intervenir un prestataire pour une action et non un simple passage de routine, cherchez et bouchez le point d'entrée. Si les indices pointent vers une source collective de l'immeuble, saisissez le bailleur ou la copropriété par écrit sans attendre : la trace de cette démarche fait partie de votre dossier.
Quels documents demander en priorité au cédant ?
Ses procédures écrites, ses relevés de température des derniers mois, ses fiches de nettoyage, les rapports de passage de lutte contre les nuisibles, les contrats de maintenance sur le froid et sur l'extraction avec les dernières interventions, les justificatifs d'aptitude au contact alimentaire des équipements récents, les attestations de formation en hygiène des personnes en poste, et l'historique des visites officielles avec les suites données. La façon dont ces pièces arrivent vous renseigne autant que leur contenu.
Que regarder en premier si je n'ai qu'une heure sur place ?
Le froid, l'extraction, l'eau et les évacuations, dans cet ordre. Ce sont les postes lourds, ceux qui ne se corrigent pas par de l'organisation et dont le remplacement engage un budget réel. Ouvrez chaque enceinte et mesurez avec votre propre thermomètre, regardez les joints et les condenseurs, vérifiez les filtres de hotte et la date du dernier dégraissage des conduits, testez l'eau chaude, et regardez les siphons et la pente des sols.
L'état des lieux hygiène remplace-t-il un diagnostic technique ?
Non. Un audit hygiène constate ce qui pose un problème de sécurité des denrées et hiérarchise les corrections ; il ne se substitue ni à un frigoriste, ni à un plombier, ni à un bureau de contrôle, ni aux diagnostics immobiliers obligatoires. Ce qu'il apporte est la liste ordonnée des points à faire chiffrer, ce qui rend les devis plus rapides à obtenir et la négociation plus concrète. Les deux démarches se complètent, aucune ne dispense de l'autre.
Vaut-il mieux auditer avant ou après la reprise ?
Avant, si l'accès aux locaux est possible, parce que c'est le seul moment où les constats ont une valeur de négociation et où les travaux lourds peuvent être discutés. Après, l'audit reste très utile : il donne la feuille de route des premières semaines, pendant que l'organisation n'est pas encore figée et que les habitudes se prennent. Dans les deux cas, le plan d'action est écrit pour que vous le traitiez vous-même, correctif par correctif, avec la preuve à constituer en face de chaque ligne.

Faire le point sur votre établissement

Un auditeur se déplace, contrôle les 27 points de la grille en toute discrétion, et vous remet un rapport complet avec son plan d'action. Chaque écart y porte le correctif attendu et la preuve à constituer, pour que vous puissiez le traiter vous-même.

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