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S'auditer soi-même

Comment vérifier que ma marche en avant tient debout ?

La marche en avant consiste à empêcher qu'un produit sale ou une opération sale ne recroise un produit propre ou une opération propre. Elle s'organise dans l'espace, avec des locaux et des postes dédiés et un sens de circulation unique, ou, quand la surface ne le permet pas, dans le temps, avec des séquences séparées et un nettoyage désinfection complet entre deux. Pour vérifier qu'elle tient, suivez physiquement chaque flux, denrées, déchets, vaisselle, personnel, et cherchez les endroits où deux flux se rencontrent. Chaque point de croisement identifié doit être traité, justifié et décrit dans votre plan de maîtrise sanitaire.

Le détail

Le principe posé par la réglementation d'hygiène alimentaire, dont le règlement (CE) n° 852/2004 du 29 avril 2004 fixe le cadre, tient au fait qu'une denrée avance vers sa consommation sans jamais revenir vers une zone plus contaminée. Dans une cuisine spacieuse, cela se traduit par des locaux distincts : réception, légumerie, préparations froides, cuisson, laverie, local déchets. Le produit entre par un bout et sort par l'autre, sans retour ni détour. Cette organisation dans l'espace est la forme la plus lisible et la plus facile à démontrer, parce qu'elle se lit sur un plan. Encore faut-il que ce plan corresponde à l'usage réel, ce qui n'est pas toujours le cas une fois que l'exploitation a pris ses habitudes.

Quand la surface manque, la séparation se déplace vers le calendrier de la journée. Le même plan de travail sert successivement au déconditionnement des légumes terreux, puis, après un nettoyage et une désinfection complets, à la préparation froide, puis au dressage. Cette organisation est admise dès lors qu'elle est réelle, planifiée et documentée. Elle exige trois choses : un ordre écrit des séquences, un protocole de nettoyage adapté entre chacune, et une personne clairement responsable de l'appliquer. Le point faible se situe presque toujours au moment du coup de feu, quand la pression conduit à empiéter sur la séquence suivante. Une organisation temporelle qui ne survit pas au service n'existe que sur le papier, et cela se constate en cuisine.

Le test le plus efficace consiste à parcourir vous-même chaque flux, un par un, avec un plan à la main. Suivez une caisse de légumes depuis la porte de livraison jusqu'au bac de lavage, puis une pièce de viande jusqu'à la cuisson, puis une assiette sale depuis la salle jusqu'à son rangement, puis un sac poubelle jusqu'au local déchets, puis enfin un cuisinier qui quitte son poste pour aller aux vestiaires et revient. Marquez sur le plan, avec une couleur différente par flux, le tracé réel et non le tracé théorique. Les intersections apparaissent d'elles-mêmes. C'est cette carte, et non une intuition, qui vous dira où votre organisation cède et sur quoi porter l'effort. Refaites l'exercice un jour de forte affluence, car les trajets se déforment sous la charge.

Certains croisements reviennent partout. Les déchets qui remontent par la cuisine parce que la seule sortie passe devant le poste chaud. La vaisselle sale de salle qui traverse la zone de dressage pour rejoindre la plonge. Les cagettes de légumes non lavés posées sur un plan servant ensuite au montage des entrées. Le personnel de plonge qui vient prêter main-forte au chaud sans changer de tablier ni se laver les mains. Les livraisons reçues en plein service et déposées provisoirement là où il y a de la place. Un dernier cas fréquent concerne les mains elles-mêmes, vecteur de croisement le plus mobile de la cuisine, que seule une organisation sérieuse des lave-mains permet de maîtriser.

Un point de croisement identifié n'est pas nécessairement une faute, à condition d'être traité et écrit. Votre plan de maîtrise sanitaire doit indiquer où le croisement existe, pourquoi il est inévitable compte tenu de la configuration, quelle mesure vous appliquez, et comment vous vérifiez qu'elle est appliquée. Un horaire de sortie des déchets fixé hors service, un protocole de nettoyage intercalaire, un jeu de planches à découper distinctes, une consigne de changement de tenue : chacune de ces réponses se décrit en quelques lignes. Ajoutez le plan des locaux avec les flux tracés, qui vaut mieux qu'un long texte. Présenter ce document lors d'une visite montre que la contrainte est connue et pilotée plutôt que subie.

Beaucoup de cuisines parisiennes tiennent dans quelques mètres carrés, souvent en sous-sol, avec un seul accès et un escalier. Personne n'y installera une légumerie séparée, et ce n'est pas ce qui vous sera demandé. Ce qui compte est de démontrer que vous avez identifié les contraintes de votre local et bâti une organisation compatible avec elles, plutôt que de recopier un schéma théorique conçu pour une cuisine de collectivité. L'évaluation de cette organisation appartient à l'agent qui la constate, en fonction du risque réel qu'elle laisse subsister. Faire vérifier ces circuits par un regard extérieur, avec un rapport et des propositions concrètes, se prépare depuis la page contact. Un croquis annoté de votre configuration facilite beaucoup l'échange.

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