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S'auditer soi-même

Mon auto-audit suffit-il ou faut-il un regard extérieur ?

L'auto-audit reste indispensable, il ne remplace pas un regard extérieur. Sa limite ne tient pas à votre compétence, elle est structurelle : personne ne voit ce qu'il côtoie tous les jours, et personne ne note sévèrement une organisation qu'il a lui-même mise en place. Un intervenant arrive sans habitude, applique chez vous la grille qu'il applique ailleurs, et repart en laissant un document : un rapport écrit, une notation motivée, la liste des points critiques et un plan correctif hiérarchisé. Ce document remplit une autre fonction, il rend vos écarts opposables en interne et permet d'en suivre la correction dans le temps. Le rythme raisonnable consiste à s'auto-auditer souvent et à faire venir quelqu'un périodiquement.

Le détail

Il existe un phénomène que la volonté ne corrige pas : à force de voir un lieu, on cesse de le percevoir. L'esprit économise et remplace le détail réel par le souvenir du lieu. Vous pouvez ainsi passer devant la même étagère de réserve sèche pendant des semaines sans remarquer le carton éventré posé au sol, alors qu'un visiteur le repère avant d'avoir terminé sa phrase. Cette cécité d'habitude ne dépend ni de votre expérience ni de votre rigueur, elle est le prix de la familiarité. Un professionnel très à l'aise dans sa cuisine est souvent celui qui la voit le moins bien, précisément parce qu'il l'a construite et qu'il s'y déplace sans avoir besoin d'y penser.

S'ajoute une difficulté que peu de restaurateurs formulent : en vous auditant, vous jugez vos propres arbitrages. Le lave-mains installé là faute de place ailleurs, les produits d'entretien rangés près de l'économat parce qu'aucun local n'était disponible, le circuit qui croise le sale et le propre à cause d'une porte condamnée, tout cela résulte de décisions prises par vous, souvent sous contrainte. Sanctionner ces points dans votre grille revient à vous donner tort. Presque personne ne le fait spontanément, et pas par malhonnêteté : on se persuade que le compromis est acceptable puisqu'il n'a jamais posé problème. Un tiers n'a pas cet attachement, il constate une non-conformité et l'écrit sans état d'âme.

Un rapport change la nature de ce que vous savez. Tant qu'un écart reste dans votre tête ou sur un carnet, il se négocie et se reporte. Écrit, daté, illustré, décrit poste par poste, il devient un fait sur lequel on revient. Trois effets concrets en découlent. Vis-à-vis de la brigade, le document sort la remarque du registre du reproche personnel et la pose comme un constat technique. Vis-à-vis de vous, il autorise la comparaison d'une visite à l'autre et permet de vérifier qu'une correction a tenu au lieu de s'être effacée dès le service suivant. Vis-à-vis d'un tiers enfin, associé, propriétaire des murs, tête de réseau, il montre que l'établissement se surveille, ce qui diffère de l'affirmation qu'il est propre.

La notation est l'outil qui hiérarchise. Une liste de vingt remarques sans poids relatif ne dit pas par où commencer, tandis qu'une note par chapitre, appuyée sur des critères écrits, montre immédiatement quel domaine tire l'ensemble vers le bas. À côté de la note figure la catégorie qui compte le plus, celle des points critiques : les constats qui touchent directement la sécurité de la denrée servie et qui ne souffrent aucun report. Le plan correctif, lui, transforme le diagnostic en travail réel. Chaque écart y reçoit une action, un responsable et une échéance, et les échéances se répartissent selon la gravité plutôt que selon la facilité. Sans cette dernière pièce, un audit produit un beau document et aucun changement.

Les deux démarches ne s'opposent pas, elles se relaient. L'auto-audit doit être fréquent, court et régulier, quelques points vérifiés chaque semaine et une ronde complète à intervalle que vous fixez, car sa force réside dans la répétition. Le regard extérieur intervient plus rarement mais aux moments où il pèse : avant une ouverture, après la reprise d'un fonds, après un renouvellement de la brigade, après une transformation des locaux, ou quand vous sentez que la maison s'est relâchée sans savoir dire où. Beaucoup de restaurateurs le programment aussi lorsqu'ils estiment probable un passage des services de contrôle, non pour le réussir, ce que nul ne peut promettre, mais pour ne pas découvrir leurs propres écarts en même temps que l'agent.

Un mot sur le statut de la démarche, pour éviter tout malentendu. Le terme label désigne ici un référentiel privé, construit et appliqué par un cabinet indépendant. Il n'émane d'aucun ministère, ne remplace ni déclaration ni agrément, et reste sans effet sur la décision des agents, qui apprécient ce qu'ils constatent le jour de leur passage et eux seuls. Ce qu'un audit vous apporte est d'un autre ordre : une photographie argumentée de votre exploitation, une note, des priorités et un document opposable en interne. Si vous souhaitez savoir comment se déroule une visite chez vous, ce qu'elle couvre et ce qui vous est remis à la fin, la page contact constitue le point de départ.

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